Sainte Jeanne d’Arc et Rouen

Pour le centenaire de sa canonisation, Rouen s’engage et rend hommage à Sainte Jeanne d’Arc, patronne secondaire de la France, brûlée en ses murs il y a près de six cents ans. L’histoire entre la ville normande et la Sainte est riche, et se poursuit encore au XXIe siècle, à travers différents lieux et noms liés à Sainte Jeanne d’Arc.

Six mois de souffrance

Prisonnière depuis le 23 mai 1430, Sainte Jeanne d’Arc fut vendue aux Anglais le 21 novembre 1430, et entama alors un trajet vers Rouen, où elle arriva la veille de Noël 1430. Les interrogatoires commencèrent aussitôt, et la Pucelle fut enfermée dans une tour du château de Philippe-Auguste. Son procès pour hérésie, quant à lui, débuta officiellement le 21 février, et dura jusqu’au 24 mai 1431, date à laquelle fut prononcée sa condamnation au bûcher pour soixante-dix chefs d’accusation, dont hérésie, apostasie, mensonge… Ces quelques mois furent terribles pour la jeune femme, mais restent aujourd’hui un ardent témoignage de sa foi. Malmenée, humiliée, voire maltraitée par ses geôliers et ses juges, ne pouvant compter sur aucun soutien parmi le tribunal, à la solde des Anglais ou simplement sous leur menace, Sainte Jeanne d’Arc fit preuve d’un courage admirable. Jamais elle ne dévia dans son récit, jamais elle ne douta de Dieu, ni du caractère divin de sa mission, encore moins de son aboutissement. Sa sincérité, son assurance furent telles que le tribunal peina à trouver de vraies raisons d’inculpation. Seules la ruse et les fausses promesses de l’évêque Pierre Cauchon, qui présidait le procès pour lui donner un apparat d’approbation par l’Église, parvinrent à faire faussement abjurer la jeune femme, dans l’abbatiale de Saint-Ouen, jusqu’à ce que la duplicité du juge se fasse jour ; Jeanne revint alors sur ses paroles, et fut donc condamnée, le 24 mai 1431, pour relapse, c’est-à-dire pour être « retombée en hérésie ». Une semaine plus tard, sur la place du Vieux Marché, Jeanne fut conduite au bûcher et brûlée. Son dernier mot fut un cri d’amour : « Jésus ! ». Elle avait dix-neuf ans.

Rouen rachète son honneur

Si Rouen vit mourir Jeanne d’Arc, c’est aussi dans la ville normande que commença le procès de réhabilitation de celle qui deviendrait, bien des années plus tard, sainte. Dès la prise de la ville, en 1440, le Roi Charles VII ordonna la réouverture du procès afin de condamner « les ennemis de Jeanne l’ayant fait mourir contre raison et très cruellement ». C’est Guillaume Bouillé, recteur de l’Université de Paris, qui fut responsable de cette contre-enquête, débutée le 4 mars 1440. Il entendit de nombreux témoins : contemporains de Jeanne, membres du tribunal qui l’avait condamnée… Rapidement, le vrai sens de la mission de Jeanne d’Arc, ses qualités et ses bienfaits furent mis en évidence, mais il fallut attendre 1455 pour que soit réouvert officiellement le procès, sous l’égide du nouveau pape, Calixte III : seule l’Église, en effet, pouvait revenir sur un jugement qu’elle a elle-même émis. Finalement, le 7 juillet 1456, le premier procès et ses conclusions furent déclarés « nuls, non avenus, sans valeur ni effet ».

Rouen et Jeanne aujourd’hui

Difficile, en se promenant dans Rouen au XXIe siècle, de ne pas être confronté à Jeanne d’Arc. Que ce soit dans les noms de rue ou les bâtiments et lieux fréquentés par la Pucelle, tout nous renvoie à la sainte de Domrémy.

Les lieux d’époque

En premier lieu, il faut évidemment évoquer la place du Vieux-Marché, en centre-ville de Rouen. C’est là que fut dressé le bûcher où périt Jeanne d’Arc. Si la place, depuis 1431, a été grandement modifiée, l’emplacement exact du bûcher est marqué par une croix monumentale, comme ce fut prescrit par le Vatican dans le compte-rendu du procès de Réhabilitation, qui recommandait « l’apposition d’une croix honnête pour la perpétuelle mémoire de la défunte ». Celle-ci date des années 1970, soit plus de cinq siècles après la demande du Vatican. Une fois le supplice achevé, les cendres de la Sainte ont-elles été dispersées dans la Seine depuis l’ancien Pont Mathilde, pont en pierre du XIIe siècle, construit par l’Emperesse Mathilde – pas la femme de Guillaume le Conquérant – et aujourd’hui disparu. Il se situait à proximité de l’actuel Pont Boieldieu. L’église abbatiale de Saint-Ouen a aussi connu un épisode important du bref séjour rouennais de la Pucelle : c’est dans le cimetière de cette abbaye que, piégée par l’évêque Cauchon et effrayée par un faux bûcher érigé là dans ce seul but, elle abjura, le 24 mai 1431, avant de se rétracter dans les heures suivantes. L’église n’est aujourd’hui attachée à aucune paroisse, et sert principalement à accueillir des expositions et certains offices exceptionnels. La Tour Jeanne d’Arc, enfin, est le dernier vestige du Rouen qu’a connu Jeanne d’Arc. Mais contrairement à ce que son nom laisse penser, il ne s’agit pas de la Tour où fut emprisonnée la Pucelle, mais seulement du donjon du château de Philippe Auguste. La jeune femme y fut confrontée aux bourreaux et à la salle de torture qui s’y trouvaient, là encore pour l’effrayer, mais sa prison était située dans une autre tour du château, dite Tour de la Pucelle, dont les fondations sont visibles au niveau du 102 de la rue Jeanne d’Arc. Le château fut démantelé à partir de 1591, et seul le donjon y survécut, avant de tomber en ruines puis d’être réhabilité au XIXe siècle sous la direction de Viollet le Duc. Il accueille désormais un musée consacré à Sainte Jeanne d’Arc.

Les hommages

Deux statues rendent hommage à la Pucelle, l’une à Rouen, et l’autre à Bonsecours. Celle de Rouen, Jeanne au bûcher, date de 1928 et est l’œuvre du sculpteur Maxime Real del Sarte, passionné par la Pucelle. Elle se trouve accolée à l’église Sainte Jeanne d’Arc, et son socle contient de la terre du bûcher de 1431. À Bonsecours, à côté de la basilique et surplombant Rouen, se trouve le Monument Jeanne d’Arc, œuvre de l’architecte Jules Lisch. Inauguré en 1892, ce monument consiste en une statue de la sainte haute de 2m, située au cœur d’un édicule, surplombé d’une statue de Saint- Michel. De part et d’autre du dôme principal se trouvent deux petits dômes secondaires qui abritent les statues des Sainte Marguerite et Sainte Catherine. Une troisième statue se trouvait au centre de la fontaine de la Pucelle, située Place de la Pucelle, mais la fontaine a été détruite par les bombardements en 1944. Sur le Pont Boieldieu, construit dans la seconde moitié du XXe siècle, a été apposée une plaque commémorative : « Près d’ici, le mercredi 30 mai 1431, après le supplice du Vieux Marché, les cendres de Jeanne d’Arc furent jetées dans la Seine depuis le haut de l’ancien Pont Mathilde ». Longtemps, les Rouennais venaient commémorer la mémoire de Sainte Jeanne d’Arc en jetant des fleurs depuis le pied du pont. Situé dans l’ancien palais archiépiscopal de Rouen, l’Historial Jeanne d’Arc fait office de musée sur la sainte, mêlant archives et technologies modernes. On y retrouve les différentes étapes et actions de la vie de Sainte Jeanne d’Arc, mais aussi une reconstitution du procès de la Lorraine. Une partie est également consacrée au mythe Jeanne d’Arc, de ses origines à ses différents moyens de propagation. En plus de la place de la Pucelle et la rue Jeanne d’Arc, déjà évoquées plus haut, se trouve enfin, dans les hauteurs de Rouen, un quartier consacré à Sainte Jeanne d’Arc, où l’on trouve plusieurs rues qui l’évoquent. Ce quartier a été construit au XIXe siècle, à une période où le personnage de Jeanne d’Arc refait surface après près de quatre siècles d’oubli, jusqu’à obtenir la canonisation de l’héroïne française :

– La rue de Domrémy, ville de naissance de la Sainte Jeanne d’Arc

– Les rues Saint-Michel, Sainte-Catherine et Sainte-Marguerite, qui entourent la place Jeanne d’Arc et désignent les Voix de la sainte, avec qui elle a échangé jusqu’à sa mort

– La rue du Bois-Chenu, nom du lieu-dit où elle a entendu ses Voix pour la première fois, à proximité de Domrémy

– La rue de Reims, allusion à la ville des sacres, où elle a conduit le Dauphin, futur Charles VII, afin qu’il devienne Roi de France

– La rue de Vaucouleurs, châtellenie dont relevait Domrémy, et qui avait pour capitaine Robert de Baudricourt, le premier à avoir cru Jeanne d’Arc, lui remettant une escorte en février 1429 afin qu’elle puisse se rendre à Chinon, rencontrer le Dauphin.

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